Semaine de 4 jours : quelles questions se poser pour la mettre en place ?

Modalités juridiques de ce changement d’organisation, choix du jour non travaillé, réduction ou non du temps de travail, plusieurs aspects doivent être réfléchis avant de se lancer dans l’expérience de la semaine de 4 jours.

Image par Al ghazali de Unsplash

Une semaine de 4 jours ? La question est dans l’air du temps. En France, certaines entreprises ont déjà franchi le pas, à l’image d’Yprema, une entreprise de recyclage des matériaux de construction d’une centaine de salarié, depuis 1999, ou plus récemment  de LDLC, vendeur de matériel informatique.

« J’ai la conviction que, en travaillant 4 jours, nous serons dans de meilleures conditions qu’en en travaillant 5. Cela va permettre à chacun de prendre les rendez-vous qu’on n’arrive jamais à caler, de faire des courses, du sport ou des tâches du quotidien. Et donc de passer du vrai temps de qualité le week-end avec leurs familles et amis », commentait Laurent de Clergerie, son fondateur avant le changement opéré en janvier 2021.

La suppression d’un jour de travail dans la semaine serait ainsi la clé d’un meilleur équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle. Elle permettrait aussi, selon ses promoteurs, d’avoir des collaborateurs en meilleure forme et donc plus productifs.

Cela peut être un élément de motivation des salariés et permettre de les fidéliser grâce à une organisation plus souple

Laurence Nelc Defrance, responsable du pôle juridique et social chez Yzico, membre du groupement France Défi
La semaine de 4 jours aurait même un intérêt écologique en réduisant les trajets et la consommation de carburants des salariés.

Vérifier sa convention collective

Une bonne réflexion et le respect de certaines étapes sont nécessaires pour tenter l’expérience. Elle ne pose pas de grandes difficultés sur le plan juridique. « Du point de vue légal, dès lors que l’on respecte les durées maximales de travail, il est possible d’organiser la répartition horaire sur 4, 5 ou 6 jours, rappelle Laurence Nelc Defrance. Il faut néanmoins vérifier en amont s’il existe des dispositions particulières sur le sujet dans sa convention collective et que les horaires de travail n’ont pas été intégrés dans les contrats des salariés. Lorsque l’entreprise dispose d’un Conseil social et économique, il faut aussi organiser sa consultation préalable ». L’inspection du travail doit également être informée. Mais il n’est généralement pas nécessaire de passer par un accord collectif. « C’est néanmoins souvent le cas lorsque cet aménagement s’inscrit dans une stratégie plus globale », souligne la responsable du pôle juridique et social.

Répartir la durée de travail sur 4 jours au lieu de cinq implique des journées plus chargées. C’est pourquoi ce changement s’accompagne dans certaines entreprises d’une réduction du temps de travail, le plus souvent sans diminution de salaire. « Mais cela a un coût important et il faudra dans ce cas obtenir l’accord des salariés », précise Laurence Nelc Defrance.

« Il ne faut pas se lancer dans la semaine de 4 jours sans s’assurer au préalable que cela répond à une attente et aux besoins des collaborateurs », poursuit-elle. Cette décision n’est en effet pas anodine. Elle a aussi des impacts organisationnels. Certaines entreprises décident d’un jour non travaillé identique pour tous les collaborateurs. Dans d’autres ce jour off n’est pas le même pour tous, ce qui permet de continuer à faire fonctionner les services sur toute la semaine. « Cela dépend notamment de l’activité de l’entreprise. Dès lors que vous avez de la réception clientèle, par exemple, cela suppose une certaine plage d’ouverture », illustre l’experte.

Semaine de 4 jours : quelles adaptations ?

D’autres ajustements sont parfois nécessaires comme la formation des équipes de manière à ce que les collaborateurs soient plus polyvalents et puissent se remplacer les uns les autres lors de leur jour d’absence. Souvent, le passage à la semaine de 4 jours s’accompagne d’une réflexion plus globale sur la gestion du temps – réunions repensées pour durer moins longtemps, efforts pour réduire les sollicitations par mail ou par téléphone – afin de gagner en efficacité.

Mieux vaut donc bien réfléchir le sujet en amont, car une même organisation pourra convenir à une entreprise et pas à une autre. « L’intérêt de la semaine de 4 jours et les réponses trouvées ne seront pas les même selon l’activité de l’entreprise, sa localisation géographique, le profil de ses salariés », résume Laurence Nelc Defrance. Il importe aussi de noter qu’un retour en arrière ne sera pas toujours aisé, la suppression d’un jour de repos nécessitant cette fois l’accord des salariés concernés.