Comment lutter contre le présentéisme ?

Qu’il s’agisse de venir travailler malade ou multiplier les horaires à rallonge, le présentéisme est toujours répandu dans les entreprises françaises. Or, ce surinvestissement nest pas forcément bénéfique pour lemployeur. 

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Image par Christin Hume de Unsplash

Connaissez-vous les dangers du « présentéisme » ? Déjà, une petite définition s’impose, souvent. « Le présentéisme, c’est le fait de venir au travail alors que l’on est malade, par opposition à l’absentéisme où l’on reste chez soi », résume volontiers Mathieu Poirot, consultant chez Midori Consulting. L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact)  évoque trois exemples concrets : être présent au travail en mauvaise santé, être physiquement là mais sans être complètement en possession de ses moyens, ou encore être présent ou connecté de manière excessive à son travail.

Présentéisme, un enjeu de santé au travail

Faut-il saluer l’abnégation de ces salariés ? Longtemps, ce fut le cas, à tort. « Or, un salarié souffrant qui vient au bureau sera forcément moins productif, poursuit notre expert en santé psychologique au travail. En plus, sa présence est une source de stress et de tensions qui augmentent les risques psycho-sociaux dans l’entreprise. Et s’il est contagieux, il risque de contaminer ses collègues ! » Etudes étrangères à l’appui, il estime que le présentéisme coûterait même deux fois plus cher que l’absentéisme aux organisations !

L’Anact évoque plusieurs pistes pour corriger le tir. Certains conseils sont simples, comme éviter les réunions après 17h – pour ne pas faire attendre certains collaborateurs, ni quitter le bureau trop tard. Le directeur des ressources humaines, en tant que responsable de la maîtrise de la masse salariale, doit aussi surveiller le volume d’heures supplémentaires et aider à réguler la charge de travail. L’entreprise peut aussi s’emparer de la question du présentéisme dans sa politique Qualité de Vie au Travail (QVT) : des mesures pour le droit à la déconnexion peuvent aider, comme l’installation d’espaces de convivialité pour pouvoir quitter son poste de travail entre deux tâches.

Le rôle des manageurs

Mais c’est surtout un état d’esprit qu’il faut encourager. Pourquoi certains collaborateurs trainent-ils au bureau ? « À cause de la culpabilité entretenue par l’entreprise, déplore Mathieu Poirot. On a peur d’être taxé d’absentéisme stratégique, voire, dans certains cas, de perdre son travail. Les entreprises ne s’intéressent pas suffisamment aux enjeux de la santé au travail. »

À charge pour les managers de corriger cela. « J’ai passé vingt ans dans des grands groupes à voir des collaborateurs faire acte de présence de 8 à 20 heures sans que ce soit toujours justifié », témoigne Yves Marie du Poset, président du cabinet Piloter ma carrière. Devenu coach, il déplore un côté « territorial » très français de la vie de bureau et encourage les managers à changer de regard. « On valorise les employés qui viennent au bureau malades comme ceux qui restent tard. Or, dans les pays anglo-saxons, c’est le salarié efficace qui part à 17 heures en ayant terminé son travail qui gagne la considération de ses supérieurs. »

Selon ces spécialistes, ces habitudes nuisent à la productivité des salariés et de l’entreprise. Yves Marie du Poset conclut : « Chacun doit aussi pouvoir écouter son corps et travailler quand et où il est le plus efficace. Cela passe aussi, pour certains, par une part de télétravail en dehors du bureau. Ce n’est pas évident, mais c’est payant. »

Par Clotilde Costil, Accroche-press’ pour France Défi


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