Comment lever des fonds rapidement avec la crise du Covid-19 ?

Plus immédiats que les traditionnels tours de table, l’émission d’obligations et le recours au prêt garanti par l’État représentent des solutions efficaces pour lever des fonds rapidement, malgré le contexte économique.

La pandémie n’a pas totalement coupé l’appétit des investisseurs. En dépit du confinement, plusieurs entreprises ont réussi des coups d’éclat dernièrement. À l’image d’Ÿnsect, spécialiste de l’alimentation animale, qui a annoncé avoir levé 190 millions d’euros en octobre.

« D’un côté, il y a un resserrement du crédit avec des banques qui ont moins la capacité de prêter. De l’autre, des acteurs disposent de beaucoup de trésorerie et sont prêts à investir. Or, les produits bancaires de placement sont peu intéressants actuellement. Et la Bourse est aléatoire… », constate Cédric Allouard, expert-comptable et commissaire aux comptes au sein du cabinet AHA, membre du groupement France Défi. Si ces tours de table demandent souvent un travail de longue haleine, des solutions permettent d’opérer promptement. « Le plus facile, aujourd’hui, c’est le recours à la dette obligataire et au prêt garanti par l’État », assure l’expert.

Le recours à la dette obligataire permet de lever des fonds rapidement

Pour une entreprise, la dette obligataire consiste à émettre des obligations pour se financer auprès d’investisseurs – des business angels et des family offices, notamment –, avec un taux de rémunération supérieur au taux du marché classique, mais qui intègre une prime de risque.

“L’entreprise doit avoir un projet de croissance mature et rapide pour être en mesure de rembourser d’ici trois à cinq ans” – Cédric Allouard, expert-comptable et commissaire aux comptes d’AHA

Si cette condition est remplie, l’accès aux fonds peut intervenir dans un intervalle réduit de temps. « Contrairement à une ouverture de capital, la valeur de l’entreprise ne rentre pas en considération, uniquement sa capacité à rembourser. Cela peut donc aller très vite, souligne l’expert. Une entreprise peut lever 500 000 euros en quelques semaines. »

À condition de bien ficeler son opération avec, a minima, un business plan solide et un « pitch » efficace, pour gagner la confiance de l’investisseur. Une opération simple à mettre en place, mais qui ne s’improvise pas. Un processus juridique spécifique doit être respecté. « Il est indispensable d’être accompagné par un professionnel, avocat et expert-comptable », conseille l’expert.

Le prêt garanti par l’État, un outil à mobiliser

Les mesures de soutien aux entreprises mises en place pour faire face à la crise permettent aussi d’obtenir des fonds dans un délai resserré. Comme son nom l’indique, le PGE permet de demander un prêt à sa banque en bénéficiant d’une garantie de l’État à hauteur de 70% à 90% du montant du prêt. Ce pourcentage étant déterminé par le chiffre d’affaires et le nombre de salariés de l’entreprise, les PME peuvent bénéficier d’une garantie couvrant 90% du montant de la créance. Pour les entreprises nouvelles ou innovantes comme les start-up, le montant du prêt peut atteindre jusqu’à deux ans de masse salariale.

Et là encore, la mise à disposition des fonds va très vite. « Ils peuvent être débloqués en quelques jours voire quelques semaines, si les sommes sont significatives », indique Cédric Allouaire, qui vient de structurer pour un client un PGE de 15 millions d’euros en à peine deux mois, avec neuf banques partenaires. La fin du PGE, d’abord fixée au 31 décembre, a été repoussée au 30 juin 2021. Avec, en prime, l’octroi fin octobre d’un différé de remboursement d’une année supplémentaire sur demande de l’entreprise, « soit deux ans mais avec une durée du prêt restant à ce jour plafonnée à six ans », précise notre expert.

Il est aussi à noter que des prêts d’honneur « Covid Résistance » sont apparus dans plusieurs régions, à l’instar de la Région Sud/Provence-Alpes-Côte d’Azur, à la faveur de la crise sanitaire. Ces prêts à taux zéro permettent d’obtenir, sous conditions, des montants moyens compris entre 3 000 et 10 000 euros, sans apport complémentaire obligatoire.