Covid-19 et PME : comment gérer les relations avec sa banque ?

En période de crise, il n’est pas toujours aisé de gérer les relations avec sa banque surtout pour les PME. Les plus fragiles doivent s’emparer des dispositifs gouvernementaux sans tarder.

Image par Daniel Reche de Pixabay 

Bpifrance, la banque publique d’investissement et le gouvernement ont annoncé de nombreuses mesures de soutien aux entreprises : facilitation du chômage partiel, report des charges sociales, des créances fiscales et des factures EDF, rééchelonnement de crédits bancaires… Et, plus particulièrement destinés aux PME : les prêts bancaires garantis par l’État et le fonds de solidarité, que « plus de 622 000 TPE et professionnels indépendants ont sollicité », selon le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin. Ce qui n’empêche pas les patrons de PME de s’inquiéter, notamment dans le commerce et dans les cafés, hôtels et restaurants, touchés par les fermetures.

Euler Hermes estime que les défaillances augmenteront de 8% en France en 2020, alors qu’elles reculaient depuis quatre ans. Le 30 mars, la société d’assurance-crédit  a encore pointé des inquiétudes « si les mesures de confinement et le blocage de l’économie devaient durer ».

« Les entreprises du bâtiment sont très touchées, constate Lionel Salembier, expert-comptable et commissaire aux comptes, associé au cabinet AGC, membre du groupement France Défi. Leurs marges sont faibles et elles ont des frais de personnels importants. » Sans compter les problèmes d’approvisionnement et les difficultés à se mettre d’accord avec le gouvernement sur les mesures à adopter avant la reprise des chantiers.

Gérer les relations avec sa banque : des problèmes de trésorerie

Comment les PME peuvent-elles préserver la relation qu’elles entretiennent avec leur banquier ? Des dates importantes arrivent – les échéances sociales tombent entre le 15 et le 20 avril pour les entreprises de moins de 50 salariés. Et alors même qu’elles connaissent une activité à la baisse voire à l’arrêt depuis mi-mars, et sont confrontées à des problèmes de trésorerie ou à des retards de paiements de la part de leurs clients. La Banque de France a évalué ces derniers à 13 milliards d’euros, le 1er avril.

« Les entreprises qui connaissaient des difficultés structurelles seront les premières à souffrir. La crise va les accroître », estime Lionel Salembier. Et d’énumérer les signes de fragilité : « des capitaux propres trop faibles, un outil de production inadapté ou vieillissant, de faibles marges… » Le vice-président de France-Défi se montre moins inquiet pour les PME saines dont les soucis sont davantage conjoncturels. « Sauf bombe atomique, nous les retrouverons au lendemain de la crise », assure-t-il.

Quelle que soit votre situation, « n’hésitez pas, activez tous les leviers ! », conseille néanmoins l’associé du cabinet AGC. Aux chefs d’entreprise qui n’auraient pas déjà reçu un mail de leur banquier, il dit : « Sollicitez votre interlocuteur financier. Demandez-lui de reporter de six mois vos échéances, c’est la première mesure conservatoire à prendre. »

Les banques affichent leur engagement

Le 15 mars, la Fédération bancaire française (FBF) a indiqué que les établissements bancaires s’engageaient désormais à reporter jusqu’à six mois les remboursements de prêts pour des entreprises en difficulté (commerçants, PME), jusqu’à ce qu’elles puissent redémarrer leur activité, sans pénalités ni frais additionnels. La FBF a aussi mis en place une foire aux questions sur les prêts garantis par l’État, accessible sur son site. Par ailleurs, les banques ont mis en place des procédures accélérées afin d’instruire les dossiers de demande de crédit pour les situations de trésorerie tendues.

Le 1er avril, dans un communiqué, le ministère de l’Économie et des Finances, la FBF et Bpifrance ont indiqué que les banques s’engagent à octroyer les prêts garantis par l’Etat dans un délai de cinq jours à compter de la réception d’un dossier simplifié, pour toutes les entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 10 millions d’euros (ou un seuil supérieur propre à la banque) et qui ne présentent pas de difficulté financière. « Les banques s’engagent pour tous les autres professionnels et entreprises à examiner attentivement, au cas par cas, leur demande. »

C’est également le cas des start-up et des entreprises dont la notation Fiben ou équivalente ne serait pas encore représentative de leur potentiel à moyen terme. « En cas de décision négative, le professionnel ou l’entreprise peut se rapprocher d’autres banques ou s’adresser à la médiation du crédit de son ressort », ajoute la FBF.

20 milliards d’euros de prêts ont ainsi été garantis par l’État à plus de 100 000 entreprises, a annoncé Bruno Le Maire, le 5 avril. Pour rappel, le montant maximum cumulé pouvant bénéficier de la garantie de l’État est de 25% du chiffre d’affaires annuel. Pour les créateurs d’entreprise, les start-up et entreprises innovantes, ce montant peut représenter deux ans de masse salariale.

Une aide pour les artisans et les commerçants

Récemment, d’autres instruments ont été créés ou prolongés. Le 3 avril, le ministre de l’Action et des Comptes publics a annoncé que les entreprises pourront à nouveau reporter le paiement des charges sociales et fiscales en avril, comme elles ont déjà pu le faire en mars. « Ces mesures sont destinées aux entreprises et microentreprises qui en ont le plus besoin », a-t-il prévenu. En outre, Gérald Darmanin a indiqué que « comme en mars, les entreprises qui subissent des difficultés financières liées à la crise sanitaire auront la possibilité de demander un report de leurs échéances d’impôts directs. Cela concerne essentiellement la taxe sur les salaires ».

Toujours le 3 avril, les artisans et les commerçants ont appris qu’une aide leur serait destinée. « Ils devraient bientôt pouvoir bénéficier d’une aide exceptionnelle, 2500 euros au maximum, a annoncé la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Elle sera modulée en fonction du niveau de cotisations de chacun. » Cette somme devrait être uniquement conditionnée au fait d’être en activité au 15 mars 2020 et immatriculé avant le 1er janvier 2019. Cette aide devrait être cumulable avec le fonds de solidarité. La CPME nous a confirmé qu’ « un mécanisme similaire est à l’étude pour les professions libérales ».

De leur côté, les régions ont lancé des dispositifs pour répondre aux problèmes de trésorerie et des moratoires sur les remboursements de prêts. Elles ont également décidé de ne pas appliquer de pénalités en cas de retard dans le cadre des marchés publics.

Des actes à la hauteur des déclarations ?

Les demandes de prêts garantis « montent très vite », a observé le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, le 1er avril. « Globalement, je crois que les banques font le job », a-t-il ajouté. Les entreprises en bonne santé reçoivent leur versement rapidement, « en 72 heures » constate en effet le vice-président de France Défi.

Mais certaines difficultés persistent sur le terrain. Laurent Benoudiz, le président de l’ordre des experts-comptables Paris Île-de-France, s’est alarmé que « certaines banques demandent à leurs clients d’établir des projections de rebond ou des prévisionnels sur l’après-crise, allant sur la période 2020-2021. Ce qui est compliqué à faire quand on ne sait même pas quand on va pouvoir reprendre l’activité ».

Lionel Salembier partage cette inquiétude, citant « une société dans le secteur du transport à qui sa banque a demandé des projections de trésorerie sur douze mois ». L’expert-comptable, qui estime que les difficultés dureront « jusqu’à la fin de l’année », met en garde : « Il faut arrêter de demander à des entreprises dont les ratios bancaires sont “moyens” de faire des prévisions d’activité. Elles ont besoin de fonds. En faisant cela, on rajoute une difficulté à la crise. »

Gérer les relations avec sa banque : solution amiable ou médiateur du crédit

À qui faut-il s’adresser en cas de difficultés avec sa banque ? D’abord, « essayez de trouver une solution amiable avec un supérieur de votre interlocuteur habituel, avance Lionel Salembier. L’expert-comptable peut aussi servir d’intermédiaire, passer un coup de fil par exemple. Parfois, c’est surtout un problème de communication. » Et en cas de blocage avéré ? « En dernier ressort, sollicitez le médiateur national du crédit. » C’est également ce que François Villeroy de Galhau conseille de faire. Il a appelé les entrepreneurs à saisir la médiation du crédit de la Banque de France, « une procédure totalement gratuite, disponible dans chaque département », pour que « le maximum d’entreprises puisse bénéficier d’un bouclier de liquidités ».

Un besoin en fonds de roulement à surveiller de près

Pour tenir sur la durée, le vice-président de France Défi préconise « d’évaluer semaine après semaine la situation en fonction des éléments concrets dont vous disposez. En pleine tempête, il faut mettre son navire à la cape ».

Et après le confinement, attention à votre trésorerie ! Si l’activité redémarre fortement, que les chantiers reprennent, par exemple, alors un surcroît d’activité augmentera le besoin en fonds de roulement des entreprises concernées, souligne Lionel Salembier. L’expert-comptable prévient : « Il faudra le financer. Anticipez-le en faisant appel aux prêts garantis par l’Etat. Ils ont été conçus pour ça. Et réduisez vos frais de structure. »

Si le confinement se prolonge, c’est plus tard, en avril et en mai, que les entrepreneurs pourraient souffrir le plus du manque à gagner, avance pour sa part l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie). Pour répondre à leurs problèmes de trésorerie, elle a débloqué 1 million d’euros pour financer un dispositif de crédit de trésorerie couvrant les situations d’urgence. L’Adie a ajouté que « ces dispositifs seront adaptés et complétés au fur et à mesure de l’évolution du contexte ».

Pour faire face à la crise actuelle, le vice-président de France Défi avance sa thérapie, ses « amortisseurs pour temps de crise » : le chômage partiel « pour conserver ses forces vives », le décalage des échéances de prêts, et « le traitement de fond : les prêts garantis ».

Enfin, Lionel Salembier souhaite que banques et PME parviennent à nouer de bonnes relations dans la durée. « Il faut des relations de confiance dans les affaires. Ce sont souvent des questions de personnes. Soyez transparent, communiquez vos chiffres. Ainsi, vous serez mieux épaulé. Et quand votre conseiller vous soutient, soyez reconnaissant. »

Quelques liens utiles

Le site a pour vocation « d’apporter des réponses et des outils aux chefs d’entreprises, mais aussi aux experts-comptables pour leurs clients ». Cette opération, lancée par l’Ordre des experts-comptables Paris Île-de-France, concerne toutes les régions et se poursuivra jusqu’au 15 avril, voire au-delà si le confinement est prolongé.



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